A quoi sert la gauche socialiste ?

En ces temps de malaise au sein de la gauche française, faire retour sur la gauche du Parti socialiste sous la 3ème République renvoie à un sentiment d’étrangeté devant la teneur des débats, la manière dont se déploient les controverses au sein de la SFIO. C’est cette étrangeté que ce premier numéro de la revue consacrée à l’histoire documentaire du Parti socialiste a choisi d’explorer à travers la mise à disposition de documents, d’une bibliographie et de sources et la republication d’articles disponibles sur le sujet dans différentes publications. Cette introduction se veut rappel des grandes évolutions de la gauche socialiste de 1905 à 1940[1].

1905-1920 : La saisie d’une diversité

Premiers courants, premières tendances

La naissance de la sfio, au congrès du Globe en avril 1905 se fait après appel de l’Internationale en 1904, intégration par les Partis socialistes pré-existants de la nécessité de l’unité[2]. Organisation composite, le nouveau Parti socialiste unifié compte dès l’abord plusieurs courants se réclamant de la gauche socialiste. Cette pérennité des anciennes organisations se fait au rythme de la persistance de groupes formés dans la période précédente : les guesdistes maintiennent une réelle cohésion si les vaillantistes, héritiers du blanquisme semblent plus intégrés dans un processus d’unification quand les allemanistes ont disparu en dehors de l’ancrage dans quelques fédérations[3]. Cette « vieille gauche » subit la concurrence de deux nouveaux groupes peu enclins à s’inspirer des traditions de ces groupements.

Influencé par le syndicalisme révolutionnaire le premier ébauche une doctrine dite du « socialisme ouvrier » à travers les colonnes du Mouvement Socialiste. Ces militants, dont Hubert Lagardelle est le plus représentatif, critiquent le Suffrage Universel comme mode d’expression atomisé favorisant la domination de la bourgeoisie. Cela les amène à valoriser le rôle des institutions prolétariennes, syndicats et coopératives, car en leur sein se construit l’homme nouveau doté d’une morale autonome. Dès lors, l’Etat est amené à se disloquer en cette rencontre entre l’ouvrier et ses propres institutions[4]. Le deuxième courant se rassemble autour de Gustave Hervé. Ce courant insurrectionnaliste s’exprime dans la Guerre Sociale dont les colonnes s’emplissent de virulentes campagnes contre la police, l’armée, le colonialisme, l’Etat comme force coercitive contre les ouvriers[5]. Au contraire des socialistes ouvriers, les partisans de Gustave Hervé animent une véritable tendance dans le parti, animant les congrès par leurs interventions brutales, sans nuances. Leur influence reste limitée au sein de la sfio puisque leur motion recueille 31 mandats au congrès de Limoges, 41 au congrès de Nancy en 1907[6]. La virulence des conflits internes entraîne menace de scission que la quasi-unanimité du congrès de Toulouse recueillie par la motion présentée par Jaurès fait disparaître.

Cette unanimité donne à voir les limites de l’espace de la gauche socialiste à l’intérieur de la sfio. Si elle trouve à s’exprimer dans les journaux destinés à l’opinion publique, La guerre sociale tire à 60 000 exemplaires, aucun des groupes composant cet espace n’arrive pas à proposer une alternative interne à la promotion des idées proposées par Jaurès.

La disparition d’un espace

Conséquence logique de cette incapacité à peser dans le débat, les différents groupes de la gauche socialiste soit disparaissent définitivement, soit s’intègrent à la majorité. Les « socialistes ouvriers » abandonnent la priorité donnée à l’action conjointe avec le syndicalisme pour promouvoir l’action socialiste. Ce changement d’orientation est du aux modifications internes à la cgt moins soucieuse de promouvoir la Révolution[7]. De son côté, l’hervéisme se dissout après l’échec de la création d’un parti révolutionnaire en 1911, le ralliement de son leader à une formule d’apaisement social, national à partir de la fin de 1912, début d’un parcours qui l’amène à l’Union sacrée, au socialisme national, au nationalisme[8]. L’échec des nouvelles gauches ne doit pas masquer la pérennité du guesdisme lequel tente sans succès de disputer à Jaurès et à ses partisans le contrôle de la sfio,  de lui disputer son hégémonie intellectuelle sur le socialisme par leur volonté de promouvoir L’encyclopédie socialiste[9]. Leur échec marque la prééminence du jauressisme dans la sfio, son exclusivité dans la représentation du socialisme. Ainsi, à la veille de 1914-1918, la gauche socialiste apparaît faible, peu lisible, insérée dans le Parti sans capacité à produire un discours original, distinct du jauressisme.

Renaître.

Le ralliement à l’Union sacrée se justifie par les circonstances exceptionnelles, le péril encouru par la nation suspendant toute action[10]. Ce thème de la parenthèse fut particulièrement celui des guesdistes. Dès lors, la participation au gouvernement, le vote du budget, des crédits militaires devenaient des éléments normaux de la pratique socialiste, simple déclinaison de la mobilisation sociale, nationale, culturelle effectuée sous les auspices de l’Union sacrée. Avec la guerre éclatent l’Internationale Socialiste et son internationalisme. Ultra-minoritaire dans le mouvement ouvrier, l’opposition au conflit ne naît dans la sfio qu’au détour des années 1915/1916 autour de la fédération de la Haute-Vienne, de personnalités comme Jean Longuet[11]. Minorité, ce regroupement est centré sur la recherche de la paix, le refus d’abandonner l’autonomie socialiste. En partie à côté, en partie au sein de la sfio naissent des petits groupes peu nombreux attachés à refuser le consensus social de la guerre. Pacifistes, défaitistes révolutionnaires, leur action se lie aux minorités révolutionnaires qui tentent de se donner des perspectives internationales à Zimmerwald et Kienthal. Minoritaires, zimmerwaldiens dessinent les contours d’une nouvelle gauche au sein de la sfio rétives à l’entreprise de mobilisation intellectuelle, partisane opérée par la majorité du parti pour mettre au diapason les socialistes et l’ensemble du corps social. Leurs analyses ne sauraient être confondues tant les premiers s’inscrivent dans l’organisation quand les seconds extériorisent leur pratique au sein de Comités destinés à nouer les liens entre opposants à la guerre[12]. Disjoints dans leur construction d’un espace à gauche, ces groupes disputent aux majoritaires de guerre le monopole de l’expression socialiste sur le conflit dont l’influence se réduit quand s’effrite le consensus social de la guerre lors de l’année 1917. Cette avancée se concrétise en octobre 1918 par la prise de la majorité par les longuettistes[13]. Avec cette arrivée au pouvoir des minoritaires, une fraction de la gauche socialiste prend le contrôle du parti Elle doit néanmoins faire face à la montée en puissance des opposants à la guerre regroupés dans la volonté de reproduire en France les événements survenus en Russie en 1917. De 1918 à 1920 monte l’influence de cette minorité dans la Parti affaiblissant les positions des minoritaires rencontrant l’hostilité des anciens majoritaires peu enclins à renier l’action passée[14]

1920-1933 : entre majorité et courants

Au sortir de Tours, une identité reconstructrice pour structurer la SFIO

L’issue du Congrès de Tours est connue, la naissance du Parti communiste longuement commentée. A contrario, finalement peu de chercheurs se sont penchés sur les modalités de continuation de la SFIO, la plupart se contentant de reprendre l’antienne du discours de Léon Blum à Tours sur la « vieille maison »[15]. Pourtant se joue dans les séances des 30 et 31 décembre 1920 la redéfinition des bases identitaires du socialisme français après deux secousses majeures, la guerre, la scission. Porté par Paul Faure et Jean Longuet, le débat est clair : il faut maintenir le parti continué à gauche sans céder aux sirènes du participationnisme, de l‘intégration à la République voulue par les courants de droite de la SFIO. Cette volonté refondatrice se situe autour de ce champ d’expérience qu’est l’unité « à gauche » de 1905, créent une mémoire de l’unité spécifique au Parti socialiste, propose comme stratégie la refondation de l’unité de tout le mouvement socialiste en tenant compte des leçons de la guerre. En somme, l’identité reconstruite de la sfio du 31 décembre 1920 est une identité « reconstructrice » traduite dans la composition des organes dirigeants élus[16]. La prééminence des membres du Comité de reconstruction se retrouve dans la composition de la Commission Administrative Permanente (cap) puisque 15 anciens « reconstructeurs » s’y retrouvent pour 9 résistants (4 de la nuance Léon Blum, 5 de la nuance Pierre Renaudel[17]. La mémoire de l’unité constitue le fondement principal de l’accord passé entre des fractions opposées violemment les mois précédents. Dans ce cadre, la guerre disparaît, les conflits entre majoritaires et minoritaires sont tus pour maintenir une organisation commune. Cependant, si le clivage est tu au niveau national, il renaît sur le plan de l’International, les reconstructeurs, autour de Jean Longuet, de Paul Faure, mezzo voce, souhaitent la création d’une nouvelle Internationale capable de tirer les leçons de la guerre en dénonçant les politiques d’Union sacrée, participent de fait à la création de l’UPSAI (l’Union des Partis Socialistes pour l’Action Internationale[18]), dont le choix est de créer un centre capable de refaire l’unité des socialistes, des reliquats de la Deuxième Internationale à la Troisième Internationale. L’échec de la tentative aboutit à la création de l’Internationale Ouvrière et Socialiste en mai 1923 à Hambourg par fusion de la Deuxième Internationale et de l’IOS. Cet échec renvoie les tenants de l’identité reconstructrice à une impasse stratégique et les oblige à se concentrer sur la scène nationale, face à une majorité d’Union nationale au Parlement contre laquelle se structure une alliance à gauche, des radicaux aux républicains socialistes lesquels font des appels de pied aux socialistes pour rejoindre un Cartel, seul susceptible de battre la droite aux élections de 1924.

Un espace atrophié

La perspective des élections législatives de 1924 noue un débat important au sein de la SFIO sur la manière dont le Parti doit se présenter au scrutin. Celui-ci dure deux ans, voit la gauche « reconstructrice » disparaître tant les mots d’ordre d’unité sont caducs devant le refus communiste, devant la volonté de battre le Bloc national. La différence gauche/droite se joue sur un autre registre, l’intégration ou l’autonomie dans le système politique. En ce sens, le débat se jour principalement au sein des instances dirigeantes de la SFIO, Commission Administrative Permanente (CAP), Groupe Parlementaire socialiste. L’échéance de 1924 donne un débouché concret à la controverse socialiste. Le choix arrêté au Congrès de Marseille de 1924 est celui du « Cartel d’une minute » : l’alliance avec le reste de la gauche mais sans programme commun. Aussi, la CAP doit-elle statuer sur le cas de chaque département pour donner son aval aux propositions des fédérations : celles-ci recouvrent trois modalités, l’intégration sur des listes de Cartel (47 cas), l’alliance avec l’Union Socialiste Communiste (trois cas), l’autonomie (16 cas). Les deux derniers cas recouvrent les orientations d’autonomie de la gauche socialiste dans système politique Elles indiquent bien la difficulté pour la gauche socialiste à peser sur les élections afin d’imposer sa pratique, son peu d’influence sur la conjoncture. Espérée, annoncée, la victoire du Cartel des gauches envoie 104 députés au groupe socialiste à la Chambre Les socialistes décident à la quasi-unanimité le soutien sans participation ce qui implique le vote du budget. L’alliance se distend en 1925, se défait définitivement au tournant 1925-1926 mais la séquence voit une offensive de la droite socialiste, revendiquant la participation au pouvoir pour « réaliser ». L’identité reconstructive disparaît définitivement à ce moment comme support de définition de la gauche socialiste.

Courants et majorité : 1926-1933)

La disparition de l’identité reconstructrice nécessite réaménagements tant au niveau de l’organisation que de la recherche d’un nouveau discours. Alors renaissent les tendances organisées autour de publications, trois en deux ans dans l’espace de la gauche socialiste : l’Etincelle Socialiste, la Correspondance socialiste en 1926, la Bataille Socialiste en 1927. A côté de cette structuration en courants, le secrétariat construit sa propre légitimité dans sa lutte contre la droite. Quand sa pression se fait forte autour de la participation, l’alliance se noue entre la gauche et le secrétariat autour du maintien de l’autonomie socialiste : alors se crée un espace large. A contrario, lorsque l’intégration à la République ne signifie plus la disparition de la sfio comme parti propre, les liens se distendent, la gauche se réduit aux dimensions des tendances[19]. Du milieu des années 1920 à la scission-exclusion des néo-socialistes en 1933, ce double mouvement structure l’espace de la gauche socialiste autour de la question du pouvoir, point principal de différenciation interne au socialisme unifié. Chronologiquement, cette petite tendance est la première à se construire. Son initiateur, Maurice Maurin annonce la création d’un nouvel organe de presse, l’Etincelle socialiste dans une lettre du 10 avril 1925. Ambitieux, ce programme de rassemblement des gauches échoue dans sa volonté de coordonner les oppositions au sein du Parti socialiste. En effet, des participations annoncées, seule celle de Jean Zyromski se confirme dans les numéros de l’Etincelle socialiste. Quelles explications donner à cet échec partiel ? Le personnage de Maurin, concepteur principal du journal suscitait la méfiance chez nombre de socialistes. Surtout, en ce printemps 1925, la nécessité d’un regroupement étroit ne semble pas s’imposer pour des militants de gauche. En ce printemps 1926, situé à gauche, un autre groupe se structure à partir d’une publication la Correspondance socialiste. De durée réduite, de mai à décembre 1926, la Correspondance socialiste se créé dans une conjoncture où l’identité fondée à Tours ne porte plus la sfio, où les propositions de Léon Blum dégagent un espace conceptuel d’unité du parti, où la droite socialiste conçoit son projet comme avenir pour le Parti socialiste. Face à ce triple défi, le secrétariat, des militants se reconnaissant à gauche choisissent d’affirmer leurs conceptions ancrées sur la tradition, l’autonomie dans la République. La Correspondance socialiste cesse sa publication à la fin de 1926 pour deux raisons : reparution du Populaire, éloignement du danger de la participation. Brève, l’existence de la Correspondance voit l’invention du patriotisme de parti instrument au service du secrétariat, outil d’exclusion, d’insertion de la sfio. La fin de la Correspondance ne laisse pas seule l’es sur l’espace de la gauche socialiste. Des partisans de la publication née en mai 1926 lancent à leur tour une tendance en décembre 1926-janvier 1927 : la Bataille socialiste.

Un premier groupe nommé le Groupe de résistance socialiste naît en novembre 1926[20]. Suivant l’exemple belge, le groupe devient la Bataille Socialiste en janvier 1927. La novation de la tendance repose sur la distinction de deux plans d’insertion : le politique et le social. Le premier niveau reconnaît la place du socialisme dans la République, le second extériorise par la construction des organisations propres à la classe ouvrière, parti, associations, syndicats, coopératives. Après cette affirmation, à l’égale du parti, la tendance doit se définir par rapport aux radicaux, aux communistes. L’unité politique ouvrière sert de base à la définition des relations avec le Parti communiste. Si la politique de l’Internationale communiste, des bolcheviks est fermement condamnée, le socialisme doit continuer à manifester son esprit de classe pour faire disparaître « l’esprit de secte » dans le mouvement ouvrier. Cette orientation d’unité politique ouvrière condamne la stratégie communiste afin de ne pas donner prise à de nouvelles scissions. Mais le problème le plus important pour la gauche socialiste est la contrainte des propositions sans cesse renouvelées de participation au gouvernement de 1929 à 1933. La lutte entre droite et gauche se déroule sur deux plans. Le premier est lié au renouvellement de crises internes dues à la répétition de demande de participation en provenance des radicaux. La plupart des Conseils nationaux, des congrès sont consacrés à ce problème, jamais réglé tant la pression extérieure ou interne de la droite socialiste est forte. L’autre conséquence du conflit est la modification de l’espace à gauche de la sfio avec l’alliance étroite contractée entre le secrétariat et la Bataille socialiste[21]. L’affrontement se conclut par l’exclusion d’une fraction des députés néos-socialistes, selon un processus étalé du printemps à l’automne 1933.

1933-1940 : Unitaire et révolutionnaire

L’éclatement de la gauche socialiste : la naissance de la gauche révolutionnaire

Au lendemain de la scission des néos-socialistes en novembre 1933, la grande coalition de gauche éclate entre plusieurs pôles. La discussion sur le planisme, les évènements de février 1934 favorise un reclassement au sein de la SFIO qui voit les membres du secrétariat, Paul Faure, Jean-Baptiste Séverac, abandonner la Bataille socialiste, pour construire leur propre légitimité sans avoir recours au cadre de la tendance. De son côté, Jean Zyromski, Marceau Pivert oriente la Bataille socialiste vers une lutte unitaire et révolutionnaire à partir de la riposte antifasciste de 1934 [Jean Zyromski, la voie révolutionnaire]. Pionniers de l’unité, ils engagent la fédération de la Seine dans la recherche permanente d’actions communes avec les communistes. Le tournant du PC de mai-juin 1934 donne écho à leur position au sein du Parti puisque l’unité d’action devient officielle entre socialistes et communistes en juillet 1934.

A la pointe de l’unité, leur audience faiblit dans le parti au profit d’une majorité regroupée autour de Paul Faure et Léon Blum qui prend à son compte les pourparlers avec le Parti communiste puis la politique de Front populaire. Puissante dans la région parisienne, la tendance voit arriver au sein de la SFIO des petits groupes révolutionnaires, résolus à ancrer leur propagande dans un parti puissant et démocratique. Les émules de Trotsky, les bolcheviks-léninistes, conquièrent des positions dans les Jeunesses socialistes, par leur dynamisme et leur incessante promotion des thèmes défaitistes révolutionnaires associés à une constante réaffirmation du nécessaire durcissement de la défense antifasciste par la création de milices prolétariennes armées. Si les Bl représentent la fraction la plus visible historiquement et politiquement de cette nouvelle extrême-gauche, ils côtoient au sein de cet espace les amis de Treint, regroupés dans La Lutte Finale et le CASR. Avec la déclaration de Staline déclarant approuver la politique de défense nationale de la France, ces minorités révolutionnaires internes à la SFIO, reprennent des schémas hérités de 1914-1918 dans une tentative de recréer un espace révolutionnaire indépendant, hostile à l’Union sacrée. Si la tentative avorte, avec l’échec du meeting de Saint-Denis, la gauche socialiste est durablement affectée par le tournant communiste. Les militants les plus engagés dans un antifascisme révolutionnaire, motivé par la perspective de réitération d’Octobre 1917, se regroupent autour de Marceau Pivert qui fonde une nouvelle tendance, la Gauche révolutionnaire à l’automne 1935.

Au sein du Front populaire, stratégies et départs

Les deux tendances de la gauche développent deux stratégies différentes au sein du Front populaire. La Gauche révolutionnaire déploie un argumentaire, avant et après les élections, marqué par la nécessité de ne pas abandonner le socialisme pour une unité sans principes ni contours. Significatif est la critique de la Gr du programme du Front populaire, considéré comme insuffisant pour répondre aux exigences de la situation. Gênés par la mobilisation favorable au Rassemblement populaire, les « pivertistes » proposent comme mot d’ordre front populaire de combat afin de faire la jonction entre les deux aspects de l’alliance, mouvement de masse et alliance électorale. De son côté, la Bataille socialiste, affectée dans un premier temps par la scission de la GR, renaît à l’automne 1935 autour du mot d’ordre d’unité ouvrière, structurée par l’antifascisme qui entraîne une liaison étroite de la politique socialiste avec les communistes au sein du Front populaire. De ces deux préalables découlent deux adaptations différentes aux évènements. La Gauche révolutionnaire se retrouve de plus en plus en porte-à-faux par rapport à l’évolution de la SFIO, impliquée dans des politiques d’unité nationale, de défense nationale. Les « pivertistes » contestent ce mouvement d’intégration totale au système républicain au nom de l’autonomie nécessaire du Parti, refusent de renoncer  à la révolution comme moyen de combattre la guerre qui vient. La Bataille socialiste joue sur un autre registre : défenseur de l’unité ouvrière, la tendance maintient le mot d’ordre d’unité antifasciste, de défense du Front populaire dans ses circonvolutions. La scission de la Gr arrive au printemps 1938, lors du congrès de Royan quand les logiques partisanes et de tendances ne peuvent coexister au sein d’une même organisation dans un contexte de durcissement des relations internationales. La Bataille socialiste se retrouve seule représentante de la gauche socialiste jusqu’à la déclaration de guerre. De fait, elle perd de son influence face aux distances prises par le Parti socialiste avec le Parti communiste, devient force d’appoint aux « blumistes » quand ceux-ci revendiquent à partir du Congrès de Montrouge de l’hiver 1938, un antifascisme pouvant aller jusqu’à la guerre, opposés en cela aux pacifistes représentés par Paul Faure, le secrétaire général. Finalement la Bataille socialiste devient une tendance mineure voire faible, ainsi que le mesure le Congrès de Nantes de 1939 lors duquel elle recueille un peu plus  8% des mandats malgré l’adjonction d’un petit groupe issu du Parti communiste, Que Faire ?


[1] Cette présentation est largement issue de l’ouvrage publié aux Editions Universitaires de Dijon , A gauche ! la gauche socialiste, 1921-1947 , EUD, 2004.

[2] Madeleine Rebérioux, « Le socialisme français de 1871 à 1914 », Histoire générale du socialisme, tome 2, Paris, puf, collection Quadrige, 1997 (1ère édition 1974), p.194-195.

[3] Claude Willard, Le mouvement socialiste en France (1893-1905). Les guesdistes, Paris, Editions Sociales, 1965. Michel Winock, « Jean Allemane et les allemanistes », Le socialisme en France et en Europe. XIXe siècle-XXe siècle, Paris, Seuil, Collection Point histoire, 1992, p.244-319.

[4] Madeleine Rebérioux, « Les tendances hostiles à l’Etat dans la sfio (1905/1914) », Le mouvement social, n°65, octobre-décembre 1968, p.21/37. Repris dans Madeleine Rebérioux, Parcours engagés dans la France contemporaine, Paris, Belin, 1999, p.39-57.

[5] Gilles Heuré, Gustave Hervé, Itinéraire d’un provocateur, Paris, La Découverte, 1997. Gilles Heuré, « Gustave Hervé et l’échec du parti révolutionnaire », Recherche Socialiste, n°11, juin 2000, p.35-47.

[6] Madeleine Rebérioux, « Le socialisme français de 1871 à 1914 », Histoire générale du socialisme, tome 2, Paris, puf, collection Quadrige, 1997 (1ère édition 1974), p.200-205.

[7] Madeleine Rebérioux, « Les tendances hostiles à l’Etat dans la sfio (1905/1914) », Le mouvement social, n°65, octobre-décembre 1968, p.21/37. Repris dans Madeleine Rebérioux, Parcours engagés dans la France contemporaine, Paris, Belin, 1999, p.39-57.

[8] Gilles Heuré, Gustave Hervé, Itinéraire d’un provocateur, Paris : La Découverte, 1997.

[9] Madeleine Rebérioux, « Guesdisme et culture politique : recherche sur l’Encyclopédie socialiste de Compère Morel », Mélanges d’histoire sociale offerts à Jean Maitron, Paris, Les Editions Ouvrières, 1976, p.211-227. Repris dans Parcours engagés dans la France contemporaine. Vincent Chambarlhac, « L’Encyclopédie socialiste, une forme singulière pour une cause politique ? », Genèses, 2004/4 (no57)

[10] Madeleine Rebérioux, « Le socialisme et la première guerre mondiale (1914-1918) », Histoire générale du socialisme, Paris : puf, collection Quadrige, 1997, p. 585-643.

[11] Gilles Candar, Jean Longuet, un internationaliste à l’épreuve de l’histoire, Presses universitaire de Rennes, 2007, 367 p

[12] Alfred Rosmer, Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale. De Zimmerwald à la Révolution russe, Paris, Mouton, 1959.

[13] Madeleine Rebérioux, Le socialisme et la première guerre mondiale (1914-1918), Histoire générale du socialisme, Paris, PUF, Edition de poche, collection Quadrige, 1997, pp. 585-643.

[14] Annie Kriegel, Aux origines du communisme français. 1914-1920., Paris, Mouton, 1964.

[15] Article de Frédéri Cépède dans le Rouge et le rose

[16] En ce sens, la théorie de reconstruction de la sfio autour de Léon Blum et du Comité de résistance socialiste apparaît comme une perspective surdéterminée par l’appréciation du discours de Léon Blum. Stéphane Courtois, Marc Lazar, Histoire du Parti communiste français, Paris, puf, 1995, p.67.

[17] Le Congrès de Tours, op.cit., p.681.

[18] Des éléments existent dans : Alain Bergounioux, L’ios entre les deux guerres, L’Internationale Socialiste, Paris, Editions ouvrières, 1983; Michel Dreyfus, L’Europe des socialistes, Bruxelles, Complexe, 1991; Maria Sokolova, Les congrès de l’Internationale socialiste entre les deux guerres mondiales, Paris, Imprimerie Meyer-Ruelle, 1953. Les ouvrages et articles spécialisés sur ce regroupement international sont : Albert Donneur, Histoire de l’Union des Partis Socialistes pour l’action internationale (1920-1923), Lausanne, Université laurentienne, Ontario, 1967. Peter Jankowitsch, L’Internationale deux et demie, Austriaca, N°spécial l’austromarxisme, nostalgie et ou renaissance? (2), Mars 1983.

[19] Ce balancement chronologique se retrouve chez Eric Nadaud, op.cit. Chapitre iv : La bs tendance Jean Zyromskiste 1927-1929. Chapitre V : La «grande» bs. Coalition de toute la gauche anti-participationniste (novembre 1929-novembre 1933).

[20] Pour les conditions de naissance de la bs en décembre 1926-janvier 1927 nous suivons les conclusions d’Eric Nadaud, op.cit., p.117-120.

[21] Gilbert Ziebura, op.cit. . Eric Nadaud, op.cit. .

Published in: on décembre 12, 2009 at 3:54  Laisser un commentaire  
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